Autour de la réussite du crack Ready Cash et ses hommes


PORTRAIT, rédigé par Pierre Champion (2013)


Pour la troisième année consécutive, Ready Cash 1’10’’ s’apprête à être la vedette du meeting d’hiver, avec la perspective d’un triplé dans le Prix d’Amérique.
Parallèlement, ses premiers produits défraient la chronique, au premier rang desquels les semi-classiques Atlas de Joudes 1’13’’, Avila 1’14’’ et Axelle Dark 1’14’’.
Bref, le crack aux trente-six victoires, dont sept dans des Groupes I compteur arrêté aux derniers jours de décembre, fait, plus que jamais, l’actualité. L’occasion, pour nous, de revenir sur son profil et son parcours, au travers de ceux qui, tour à tour, ont apporté leur pierre à l’édifice.

 
 

D’une certaine manière, le premier de ceux-là est Pierre-Désiré Allaire, qui donna jadis le goût des courses et de l’étude des origines à Pierre Tébirent, l’éleveur, avec ses amis Berthou, et copropriétaire de Ready Cash. « Quand vous avez la chance que l’on vous fasse la gentillesse, un matin, à Grosbois, de vous mettre au sulky d’un Hillion Brillouard, encadré par un Grandpré et un Larabello, vous êtes obligé d’être ‘’accro’’ ! », nous avait confié, un jour, Pierre Tébirent.

C’est vrai, on le conçoit. Et c’est ainsi que l’aventure commença ! Au fil du temps et des conversations avec Pierre Allaire, Pierre Tébirent se sentira irrésistiblement attiré par l’élevage, consentant de gros sacrifices pour s’acheter un haras en Normandie.
Consécutivement à des ennuis de santé, il devra le revendre, pour s’installer, une fois rétabli, en Mayenne, sur la commune de La Chapelle-Rainsouin, entre Evron et Laval.C’est là, au Haras de la Fesnière, qu’est né, un beau jour du printemps 2005, un certain Ready Cash. Les auteurs de celui-ci sont Indy de Vive 1’11’’ et Kidéa 1’18’’.

Malheureusement disparu, Indy de Vive fut choisi pour son appartenance à la lignée mâle de Star’s Pride 1’12’’, via Viking’s Way 1’15’’, et pour la qualité de sa famille maternelle, incarnée, en raccourci, par la descendance de la matrone Morgaflore 1’22’’. Sa longévité en course et ses aptitudes variées, tant de vitesse que de tenue, furent d’autres arguments appréciés.
Quant à Kidéa, laissons le soin à Pierre Tébirent de nous raconter : « J’avais repéré sa grand-mère, Océanide, un jour, à Vincennes, qui y avait gagné, drivée, au pied levé, par Philippe Allaire. La pouliche avait d’ailleurs fait une excellente impression à Philippe, qui m’avait dit qu’il fallait s’en souvenir. J’avais gardé cela dans un coin de ma tête et, lorsque, plusieurs années plus tard, j’ai vu une des filles d’Océanide, par Workaholic, inscrite aux ventes de Caen, je me suis tout de suite dit que ce serait bien de l’acheter. Je suis donc allé la voir, la trouvant plaisante, mais aussi très petite. Son éleveur en voulait de l’argent, qui plus est –100.000 francs de l’époque–, et elle fut finalement retirée. C’est ainsi que j’ai pu l’acheter à l’amiable, chez lui, quelques jours après la vente. Je voulais l’aval de Philippe Allaire, qui est venu la voir avec moi et qui, bien qu’un peu inquiet, eu égard à son modèle vraiment réduit, m’a donné le feu vert, car elle se déplaçait remarquablement. La pouliche en question était Docéanide du Lilas. Elle allait se révéler précoce et douée, remportant le Prix Marcel Dejean, à 2 ans, et se plaçant cinq fois à l’échelon semi-classique, à 2 et 3 ans. Reprise à l’élevage de bonne heure, elle produira très bien, nous donnant son meilleur élément en Obrillant, semi-classique et étalon, mais aussi un joyau en Kidéa, la future mère de Ready Cash. »









 



Une chaine et ses maillons


Kidéa aura reçu en héritage les vertus maternelles, montrant vite de la qualité en s’insérant, par exemple, à 2 ans, entre la championne Kiss Melody et la toute bonne Kelle Ile. Mais elle se mettra rapidement à souffrir d’un genou et devra être opérée.
Las, elle ne se retrouva pas par la suite. Tôt mise à la reproduction, comme sa mère, elle y aura trouvé à s’exprimer au mieux, engendrant, certes, son chef-d’oeuvre en Ready Cash, mais également la classique sous la selle Suricate 1’14’’ m. (Ludo de Castelle), gagnante du Prix Pierre Gamare et quatrième du Saint-Léger des Trotteurs, et la classique attelée et montée Upper Class 1’11’’, propre soeur de Ready Cash, qui a enlevé le Prix Gélinotte ou encore s’est classée deuxième du Prix de Vincennes, ainsi que quatrième du Critérium des 3 Ans et du Prix de Sélection. Kidéa est par Extreme Dream 1’14’’, qui est un double vecteur du sang du chef de race américain Star’s Pride.
Aussi, Kidéa étant elle-même une petite-fille de Workaholic 1’11’’, continuateur de Speedy Crown 1’12’’, cela lui confère le croisement classique et fameux de ce dernier avec Star’s Pride.
A la génération suivante, Ready Cash est fortement consanguin sur celui-ci (6x5x5x6), de même que sur ses fils, Florestan 1’15’’ (4x4) et Nevele Pride 1’11’’ (5x5).
Mais il est également inbred sur les frères, Kerjacques 1’19’’ (5x5) et Seddouk 1’19’’ (5x5), comme sur leur mère, Arlette III 1’22’’ (5x6x6x6x6).
Un pedigree bien conçu et construit, décidément, qui est l’oeuvre de Pierre Tébirent.Philippe Allaire est un autre des hommes étroitement liés à l’exceptionnelle réussite de Ready Cash, puisque c’est lui qui l’a façonné, en progression, à l’exercice, et en a fait le phénomène qu’il est devenu.

Philippe Allaire est, en outre, le mentor de tous les bons chevaux de la famille, depuis Docéanide du Lilas. C’est dire s’il les connaît bien, les uns et les autres.
Ses trois premiers succès de Groupe I, à 3 ans, dans le Critérium des Jeunes, le Prix Albert Viel et le Critérium des 3 Ans, Ready Cash les doit à Philippe Allaire et au pilote choisi par celui-ci, Bernard Piton.
Après quoi, les résultats de son champion n’étant plus tout à fait à la hauteur de ce qu’il escomptait, le metteur au point aura l’intelligence et la grande modestie de s’effacer devant l’un de ses collègues, confiant son cheval à Thierry Duvaldestin.
Bien lui en aura pris. Avec le concours, au sulky, de Franck Nivard, le professionnel ornais relancera la carrière de Ready Cash, lui faisant épingler deux Prix d’Amérique, un Prix de France, un Grand Prix de Wallonie…
Série en cours. Et d’ajouter que Ready Cash affronte l’adversité ferré, ou tout juste déferré des postérieurs, là où le plus grand nombre de ses rivaux le défient pieds nus…
 



























  

Gauche : Pierre-Désiré Allaire et Christophe Toulorge
Droite : Thierry Duvaldestin, Pierre Tébirent et Franck Nivard




Depuis que Ready Cash est étalon et qu’il a été syndiqué, le courtier Frédéric Sauque est un autre de ses proches. Il va de soi qu’il n’a eu aucune difficulté à oeuvrer, tant la demande était importante.
En prolongement, ceux qui sont entrés dans ce qu’il est convenu d’appeler l’Indivision Ready Cash n’ont pas à le regretter, le cheval n’ayant de cesse d’étoffer son palmarès et s’annonçant de la meilleure des façons à la reproduction.

Homme de confiance de Philippe Allaire, Christophe Toulorge est celui qui accompagne Ready Cash dans ses saisons de monte.
Ce fut au Haras de Cheffreville, d’abord, à Fervacques, et c’est aujourd’hui au Haras de Bouttemont, à Victot-Pontfol, toujours dans le Calvados.

Et puis il y a les lads de Ready Cash, Tristan de Genouillac, maintenant entré dans les ordres, et David Javelle, sans oublier Constanza, car le crack a aussi une femme dans sa vie !


D’autres, dans les coulisses, ont également leur part dans l’avènement du phénomène, à commencer par les indispensables maréchaux-ferrants et vétérinaires. Tous se reconnaîtront et s’associeront à l’hommage.



Pierre Champion